Le Mirage 3

 

    La France retrouva sa place  parmi les nations les plus avancées dans le domaine aéronautique après la Seconde Guerre Mondiale  grâce au superbe chasseur à ailes en delta qu' est le Mirage 3 de Dassault.

    Aucun autre avion de combat à réaction occidental n'a connu autant de succès, surtout à l' exportation (vive la France!!!).Et comme le dit  un site américain , le Mirage 3 est sûrement le chasseur européen  le plus important de la guerre froide .De plus , les pilotes de chasse de la "Hel Ha' vir ", de l' armée de l' air argentine (cf guerre des Malouines) et la bande dessinée "Tanguy et Laverdure"( que j' adore) ont énormément contribué à faire du Mirage 3 une légende vivante...

Il a été le cheval de bataille ,le fer de lance de nombreuses aviations de par le monde. Le dernier appareil de cette lignée a été livré en 1997 et les améliorations apportées aux versions initiales permettront à cet exceptionnel chasseur de rester en service pendant de longues années encore au cours du 21ème siècle.

 

La genèse du Mirage 

        Avant la conception du Mirage , le bureau d'études de Dassault travaille sur la voilure delta            ( fuselage  en triangle bande d' ignares).Cette configuration présente de nombreux avantages: réduction de la trainée en supersonique tout en bénéficiant d' une construction assez simple avec un important  volume interne pour le coco (kérosène). Alors ,tout en travaillant sur le Mystère 4, l' équipe de Saint-Cloud planche sur son "Delta" dont les dessins sont présentés à Marcel Dassault qui donne son accord à la construction d' une maquette de soufflerie. 

En Février 52 le Service technique aéronautique (STAé) confie donc à Dassault le marché d'un dossier d' avant projet d' intercepteur supersonique à aile delta car entre autre l' avionneur bénéficie déjà de la confiance de l' état avec l' Ouragan et les premiers Mystère comme celui-ci:(Mystère 4)

 Du Mystère Delta... 

Le projet est alors appelé "Mystère-Delta" désigné fin 52: MD-550.  Mais un second prototype est construit: le MD-560  car le STAé préfère un moteur français( le Snecma Atar 101 sera donc adopté (mais avec une poussée inférieure au moteur anglais d' origine: le Rolls-Royce Avon RA.7 ).

 En Février 53, tout se précipite, le STAé émet la fiche-programme de ce qui va devenir l' intercepteur de l' armée de l' air et insiste sur sa légèreté, grandes performances en altitude et en temps de montée: leçons de Corée obligent. Dassault émet deux propositions : d' un côté le MD-560( avec le moteur Atar) et de l' autre le MD-550 mais biréacteur (avec deux possibilités d' équipement en Armstrong Siddeley Viper de 800 ou 1000 kgp).

        Mais le 25 Juin 1953 ,la DTIA (Direction technique et industrielle de l'aéronautique: tiens! je connaissais pas) informe l' avionneur français qu' elle écarte le projet du monoréacteur MD-560 car à cet époque là on avait encore peur de la formule delta (problèmes d' instabilités à basses vitesses, décollage trop long).

        Le MD-550 se retrouve donc sélectionné face au SNCASE SE-212 Durandal également à voilure delta et le SNCASO SO-9050 Trident 2 (à voilure droite).A mesure que les années passent, la silhouette du "Mystère Delta" se dessine. Il ne cessera d' être amélioré (aérodynamisme du fuselage, moteurs...), prenant le meilleur de l' Ouragan et du Mystère .Début Mai l' inscription "Mystère Delta" est effacée pour laisser place à Mirage 1.Les progrès accomplis par ce prototype sont certains mais pas suffisants vis-à- vis des contraintes de L'armée de l' air. La solution viendra d' elle puisque les conditions changent: elle veut un appareil plus puissant ,plus polyvalent et surtout mieux équipés(radar de tir tout temps  d' une portée de 35 km minimum avec des missiles à auto-directeur électronique ou infrarouge pour aller chercher une cible à plus de 1800 km/h jusqu' à 20000m..)et donc  pour faire face à la menace de raids de bombardier supersoniques  (nous sommes en pleine guerre froide ne l'oublions pas).Cette décision impose aux trois constructeurs de s' adapter.Très rapidement le 26 Mars , Dassault propose deux versions :la première, le Mirage 3 (enfin nous y voilà dirons certains) dérive du MD-560 (donc monoréacteur)et la seconde, désignée Mirage 4 extrapolé du Mirage 1 (biréacteur donc) .Laissons un peu de côté l' histoire du Mirage 4.

En Novembre 56, le choix se porte sur le Mirage 3. 

... au  Mirage 3        

Ainsi la construction du Mirage 3 commence et les ingénieurs le perfectionnent grâce à la formule dite de la  "loi des aires" (découverte chez les Ricains).C' est la fameuse "taille de guêpe" permettant de réduire le diamètre du fuselage à hauteur du raccord avec la voilure pour accroître la vitesse de l' appareil. Question moteur, comme l' ATAR 09  (acronyme de "Atelier Technique Aéronautique  Reinchenbach") n' est pas prêt, il faut se contenter de l' Atar 101-G2 qui ne développe que 4500kgp avec PC.

        Le 17 Novembre 1956, le pilote d' essais Jean Glavany s' installe au cockpit du Mirage 3-001( le 1er ) baptisé pour l' occasion "Balzac" accompagné de Gérard Muselli dans un SMB-2Le vol se passe relativement bien .Le 28 Novembre, le "Balzac" est poussé à 0.95 Mach. La PC est allumée le troisième vol. Le quatrième vol ,on atteint 1.24 Mach: l' avion réagit bien: Glavany note:"Bon comportement en supersonique ".Les essais se poursuivent ,ainsi le 30 Janvier , il atteint Mach 1.5 en vol  stabilisé à 11000 mètres. Le prototype est jugé digne d' être présenté à l' armée de l' air.  Après 23 vols , le rapport en date du 26 Mars 57 est éloquent :"L' impression est très favorable ,l' appareil est très agréable à piloter et les performances bien supérieures à celles des autres "delta" doté même réacteur ".Des améliorations sont encore apportées et le 24 Mai, le Mirage 3-001 est présenté au 22ème Salon du Bourget devant des milliers de spectateurs .S' en suit  la signature d' un marché prototype le 25 Juin. De plus le Mirage commence à susciter la curiosité des autres pays notamment de l' Allemagne.

Mais les essais se poursuivent et pour aller plus vite et plus loin, les ingénieurs mettent au point ce qu' on appelle pour les entrés d' air un corps central mobile et effilé appelé "souris".Résultat, le 8 Mai Glavany atteint Mach 1.8 avec fusée en palier à 12000m.

Au printemps 58, les mécanos de Melun-Villaroche reçoivent le Mirage 3A-01 "Honoré"   (pour les équipements d' armes étant un appareil de présérie) car Dassault a reçu la commande de 10 prototypes où chacun aura un rôle précis. Et le 22 Mars 58 les services officiels informent qu' une commande" de 100 avions de série Mirage 3A set en préparation.             L' appareil est pourvu des meilleurs équipements de l' époque( moteur Atar 09B de 6000 kg avec PC et la SEPR, le nouveau moteur-fusée modèle 84 (puis 841 et 844 ) développant 1680 kgp pendant 80s), à l' exception du radar Super Aïda ou les systèmes Doppler (à impulsions).Ces dernières innovations ne pourront pas être équipées sur les premiers avions mais à partie du 26ème (et le Super Aïda sera remplacé au profit du CSF DRAC-35 Cyrano)

Enfin le 24 Octobre 1958, date historique pour l' aviation européenne, Glavany atteint Mach 2 avec le Mirage3A-01 grâce au moteur fusée .C' est le 1er avion européen à franchir la barre symbolique de Mach 2.(A noter que André Turcat  futur pilote d' essais du Concorde, atteindra lui aussi Mach2 mais 2 jours puls tard et avec le Griffon 2). Les neufs autres appareils seront aussi mis à contribution, le Mirage 3A-02 teste le moteur Atar 09C(au dessous) avec le moteur fusée SEPR-841.

 

         Le Mirage 3A-03 "s' occupe" des essais des systèmes hydrauliques , le A-04 poursuit les essais des systèmes et circuits du précédent, le A-05 est doté d' une nouvelle pointe avant lesté destinée au radar, le A-06 testera le radar Cyrano1.bis, le A-07 teste le parachute-frein , le A-08 teste l' armement, canons et missiles (Matra R-511, RC-530 ,Nord As-20,AS-30 Nord 5103 en parallèle avec les essais du A-01, le A_09 est quant à lui affecté aux essais d' atterrissage( en 1971, il recevra des"moustaches" fixes en essais préliminaires du futur Mirage "Milan".Enfin le Mirage 3A-10 sera affecté à l' évaluation des réacteurs Atar 09K et 09K-50 (destiné au futur bombardier Mirage 4).

Pour l' heure, Dassault reçoit confirmation des 100 avions de série : les Mirage 3 C ("C" pour chasse et Cyrano), le plus commun des Mirage 3 (qui est le plus proche du prototype A-06).L' intercepteur Mirage 3C (numéro 1) vole pour la 1ère fois le 9 Octobre 60 équipé du réacteur Atar 09B-3 de 6000 kgp(PC allumée) avec une SEPR 841 de 1500 kgp.

 

  

retour au sommaire                                  Mirage 3 exposé dans un grand salon international

 

 

 

                                                Fiche technique du Mirage 3C

 

Type d'appareil  intercepteur monoplace de défense aérienne avec capacité secondaire d'attaque au sol
Constructeur

 

Dassault Aviation  ( GAMD à l'époque)

schéma

                                 

                                                

Motorisation

 

un SNECMA Atar 9C de 6000 kgp avec postcombusrion

(possibilité d'utiliser 1 moteur-fusée SEPR de 1680kgp: pour interception à haute altitude)

Vitesse maximale

 

avec 2 missiles air-air(de type Magic) :2110 km/h  à 11 000 m ou Mach 2.1

 

Distance franchissable

Autonomie

en mission d'attaque au sol :1 200 km

de 45 min  à 2h

Dimensions

 

envergure: 8.22 m                                       longueur: 14.75 m/14.73m 

hauteur: 4.50 m                                           surface alaire: 35 m²

Masse

 

à vide environ 6575 kg

maximale au décollage: 12 700 kg

Radar CSF Cyrano 1bis 
Armement

 

2 missiles air-air Matra R-550 Magic 1 ,R- 530 semi-actifs ou 2 Sidewinder avec 5 points d'accrochage pour une charge offensive de 2270 kg  ainsi que deux canons de 30 mm internes et amovibles (des DEFAS-552).Possibilité de recevoir des paniers JL-100R de 18 roquettes de 68 mm servant aussi de réservoir pour 268 litres de kérosène.

                                                                      

 

                                           

Les  Mirage 3C produits sont dispatchés dans les escadres de l' Armée de l' air à partir de 1961 (Colmar, Dijon...) au nombre de 95.Le 96ème servira de base  à la réalisation du Mirage 3B.Les quatre derniers seront les prototypes des versions ultérieures: Mirage 3R (reco) , Mirage 3B-01 (entraînement/formation), Mirage  3E( air-sol) et Mirage 3O (premier contrat export pour l'Australie).Le Mirage 3 B( biplace à double commande) est plus long que son aîné (+0.58m).L' Armée de l'Air en commande en 3 fois (pour 86 au total).

Vient ensuite un de mes avions favoris: le Mirage 3E. Il a été construit pour l' attaque tout temps au sol car le Mirage 3C n' était pas un chasseur vraiment polyvalent .Il a été commandé au nombre de 340 exemplaires.Il est  aussi plus long que le Mirage 3C(+30cm) pour loger l' électronique embarquée .Il a en plus un système de navigation britannique Doppler Marconi permettant le calcul d' estime sans contact avec le sol. Le radar est maintenant un CSF Cyrano 2.bis version améliorée assurant en plus la pénétration tout temps à hautes et basses altitudes. Le moteur est plus puissant également : c' est un Atar 09C-3 développant une poussée de 4300kgp à sec et 6200 avec PC :

Enfin il, manquait à l' Armée de l' Air une version de reconnaissance jour/nuit à basses et moyennes altitudes. Ce fut le Mirage 3R .Le Mirage 3R-001 s 'envole pour la première fois en 1961 (ci après:) 

Il n'emporte ni radar ni Doppler (bizarre) mais la pointe avant contient 5 caméras Omera 31 ,33 et 60 montées obliquement et verticalement selon 5 combinaisons possibles .En fait le nez à facettes est percé de 10 ouvertures vitrées destinées aux caméras, le poste avant systématiquement destiné à une Oméra 40, les autres stations peuvent recevoir des caméras dont les focales varient de 100 à 600 mm. Les clichés sortaient sous forme de négatifs de 12 cm/12 cm 50 exemplaires sont commandés en 1960.Mais pour pallier au manque de précision des Mirage 3R .L ' Armée de l'Air commande une version dotée d' un système de navigation couplé à un radar à effet Doppler Marconi :le Mirage 3RD mais plus lourd de 500 Kg ( commandé à 20 exemplaires) .Les yeux du Mirage 3R s' appellent le S.L.A.R  ( Side Looking Airbone Radar )qui n' est limité ni par la pluie ni par la lumière ni par les conditions atmosphériques. A noter que les Mirage 3R  remportèrent souvent le concours "Royal Flush" de l' OTAN .  

 

 

   Quelques photos du Mirage 3

 

Mirage 3B français                Mirage 3C français

Mirage 3E français                Mirage 3R français                            Mirage 3 ( si vs savez sa nationalité dites -le                                                                                                                                                                                                                moi   merci)

 

 

                                                                               

                                                                                                                                                                                                     

                                                       Le Mirage 3 à l' exportation                                                                                                                                                                                                                                                                                           

Il ne manquait plus qu' à parler du Mirage 3 à l' exportation pour clore cette partie .En fait c' est bien simple: c' est principalement l' exportation qui est responsable du succès de l 'appareil (succès certes technologique mais surtout économique) ,visez un peu: il a été produit en série dans quatre pays, commandé à plus de 1400 exemplaires par 22 forces aériennes (France, Chili, Espagne, Venezuela ,Australie, Brésil, Suisse, Argentine, Pakistan, Liban, Israël, Afrique du Sud, Egypt ...)

Le premier client étranger est la Heyl Ha' Vir .En effet, Israël  passe une commande pour 72 Mirage 3 CJ/BJ et signe un contrat de construction sous licence le 27 Avril 1962.Ces avions effectuent une spectaculaire démonstration de force durant la "Guerre des Six-jours" écrasant en quelques heures 3 aviations arabes supérieures en nombre (ça c' est du bon matos).

(Un des derniers survivants : un Mirage 3c)

Puis vient le tour de l 'Australie (un pari fou dans un pays lointain où l' industrie française est totalement absente).Pourtant le pari est réussi grâce à Serge Dassault et Bernard Waquet .Ils iront même jusqu' à monter un réacteur britannique Avon Mk-67 sur le Mirage 3A .Surprise des "koalas": les performances sont inférieures à celles de     l'Atar. Résultat, Les Australiens choisissent finalement le Mirage 3 (Atar) et signent un contrat le 31 Mars 1961 pour la production de 100 Mirage 3 O("O" pour Australie) auxquels s 'ajoutent 16 Mirage 3D biplaces.

A ce moment, les choses vont s' accélerer : motoristes britanniques et avionneurs américains s' intéressent à l' avion. Ainsi une version anglaise à moteur Rolls-Royce est envisagée mais ne se concrétise pas. De plus ( un truc hyper fou): Dassault et  Boeing s' allient ( quoi!! un français et un américain) pour contrer le F-5 de Northrop à l' exportation. Il en découle le Mirage 3W(Atar 9B+radar Aïda  avec armement américain).Mais le gouvernement français qui négocie sa sortie de l' Otan ne voit pas le projet d' un très bon oeil. Surtout que Boeing projette la livraison d ' un certain nombre de Mirage à Saïgon en pleine guerre du Vietnam. L' affaire se complique et finit heureusement par capoter.

Alors qu' en Suisse, Dassault bataille ferme pour convaincre le gouvernement helvétique. En effet en 1958, un appel d' offre a été lancé pour un avion de combat devant être produit sous licence. Face au Mirage 3, le Starfighter F-104 et le Draken. Finalement le Mirage 3 remporte la compétition. Une commande est signée en Juillet 1961 pour 100 Mirage 3.S!!!!  avec Atar 09C .Des modifications sont apportées (radar Hughes Taran 18 à la place du Cyrano 2...). Mais le coût du programme est  trop important: finalement, la commande passe de 100 à 57 appareils dont 18 de reconnaissance          (Mirage 3.RS).Les premiers exemplaires n 'entreront en service qu' en 1969.

Bien d' autre aviations étrangères choisiront par la suite le Mirage 3.L' Afrique du Sud continue à exploiter le Mirage 3 ou plus précisément un appareil construit sur la base du Mirage 3 et construit sur place : Le Cheetah qui est actuellement le Mirage 3 le plus performant  (remis a niveau par la firme Atlas).

 

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